Chronique : Sayuri

En ce moment, Rensuke Oshikiri a le vent en poupe dans notre contrée ! Après les deux hommages aux jeux vidéo que sont Bip-Bip Boy et Hi-score Girl (adapté en anime et disponible sur Netflix) puis le sanglant Perce-neige, ce Tokyoïte revient souffler un vent horrifique aux éditions Omaké Manga. Sorti à l’origine en deux tomes au Japon (pré-publication en 2010-2011), le manga arrive en France sous la forme d’un one-shot d’un peu moins de 400 pages. Dans la postface, l’auteur nous précise d’ailleurs qu’il est très heureux que son histoire ait été publiée en un seul volume car de nombreux Japonais auraient trouvé que le premier tome manquait d’horreur. Ainsi, il regrette que certains n’aient pas eu le courage d’atteindre la deuxième partie de son récit regorgeant davantage de « scènes choc » et d' »action »…

Au début de cette histoire, Norio et toute sa famille quittent leur petit appartement pour aller vivre dans une grande maison que le père est tout heureux d’avoir réussi à acheter à force de travailler durement. Le héros n’est alors plus obligé de partager sa chambre avec son petit frère Shun et chacun est ravi de trouver une grande pièce pour lui – même si une petite dispute éclate entre Norio et sa grande sœur pour savoir qui aura la belle chambre « du coin ». La maison est si grande que les parents et leurs trois enfants accueillent avec eux le grand-père et la grand-mère qui semble souffrir d’Alzheimer. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes au début de ce récit mais bien évidemment, tout lecteur friand d’horreur, s’attend tout de suite à ce que cette maison regorge de terrifiantes surprises.

Et cela commence fort, très rapidement, avec la mort subite, dans son sommeil, d’un des membres de la famille (on ne spoilera pas plus..!). Cette mort inexpliquée et soudaine, ne restera pas isolée et au fur et à mesure du récit, l’étau va se resserrer de plus en plus autour du personnage principal. Entre les cauchemars récurrents, les comportements étranges et les visages de plus en plus marqués par le chagrin et l’angoisse des différents protagonistes, le lecteur se sent progressivement intrigué et happé par cette histoire. Comme dans tout bon récit fantastique, l’hésitation est maintenue longuement et les pages défilent rapidement sous nos doigts fébriles. Il nous faut savoir ce qui se cache derrière tous ces mystères ! Et une fois que le voile est levé, nous continuons notre lecture, à la même vitesse, pour connaître l’issue de cette situation si oppressante. Ainsi, de ce point de vue, la narration est bien ficelée et le suspens nous tient en haleine tout du long.

Cependant, ce manga ne fait pas un sans fautes pour autant et il faut malheureusement évoquer quelques points négatifs. Tout d’abord, dès que le brouillard se dissipe dans nos esprits, le charme retombe. En effet, ne vous attendez pas à de grandes surprises. Le récit horrifique qui nous est livré ici est déjà vu et revu et emprunte à de nombreux classiques du genre. De plus, un personnage change du tout au tout en quelques pages et il est difficile de croire en cette métamorphose soudaine et inexpliquée. Certaines péripéties, notamment à la fin, sont par ailleurs difficilement crédibles. Vous me direz que la crédibilité n’entre peut-être pas en ligne de compte lorsque l’on commente ce genre d’histoire mais, si l’on n’y croit pas un minimum, l’illusion prend malheureusement fin et le lecteur risque de décrocher. Et enfin, en parlant de « décrocher », si les dessins sont globalement efficaces et le sont d’ailleurs particulièrement pour montrer la terreur des personnages, ils ne permettent pas toujours aisément de distinguer les différents protagonistes (en particulier la mère et les deux fils qui, je trouve, se ressemblent beaucoup).

Sayuri est donc un manga haletant et efficace qui se lit facilement d’une traite. Cependant, son manque d’originalité et ses quelques maladresses scénaristiques n’en feront pas un pilier du genre et on pourrait être rapidement tenté de tourner la page…

Sayuri est disponible aux éditions Omaké Manga au prix de 12,99€

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