Chronique : Mukai, tome 1

C’est un bien étrange objet que nous avons là ! Ce n’est pas l’œuvre d’un mangaka mais celle d’un publicitaire, ce n’est pas une histoire innocente sortie de l’imagination débordante d’un écrivain, mais une campagne de recrutement, ce n’est pas de l’art, c’est d’la com’ ! L’auteur, Kriko JR, ne s’en cache pas et l’avoue dès la deuxième de couverture : « Je réalise un de mes rêves grâce aux Produits Laitiers. Au lieu de faire une campagne, j’ai créé un manga. » Il se trouve que derrière ce nom se cache en définitive Mickael Krikorian, directeur de création chez Buzzman, connu dans le monde entier pour avoir travaillé pour des spots tv pour Boursorama et avoir chapoté toute la com’ de Burger King à l’arrivée des premiers restos en France. Fan de mangas depuis qu’il est gosse, Kriko JR dit avoir découvert son talent d’écrivain lors du premier confinement alors qu’il s’amusait à écrire un 43e tome à Dragon Ball. Peu de temps après, les Produits Laitiers lui demandent de faire une campagne de pub pour inciter les jeunes à s’intéresser davantage aux métiers autour du lait. La France étant le deuxième plus gros consommateur de manga du monde et notre jeunesse en étant très friande, le Kriko se dit que la création d’une bd nippone promotionnelle est une idée intéressante à creuser ! Il s’entoure alors d’un scénariste (Adrien Dinh) et d’un dessinateur (Mohamed Ali Aït Ouaret) pour l’aider à réaliser ce projet. Oui, car malgré ce que laisse croire la couv’ ne mentionnant à aucun endroit le nom des deux artistes, Kriko JR n’a pas pondu tout seul ce manga. Il est avant tout un communicant qui cherche à vendre Mukai en un max d’exemplaires, grâce à une campagne marketing aux petits oignons. Outre une sortie démesurée pour un global manga d’un auteur inconnu (tirage en 20 000 exemplaires et distribution dans 600 points de vente), le manga se paye le luxe de faire apparaître dans une scène useless à la fin, deux youtubeurs très appréciés des jeunes pour faire davantage de buzz : RebeuDeter et Inoxtag. Ce monde marche d’ailleurs tellement sur la tête que ces deux « influenceurs » ont été faire des dédicaces de Mukai à la Fnac de Montparnasse alors qu’ils n’ont, vous l’aurez compris, aucunement participé à la création de l’œuvre. Après l’intro la plus longue d’Actu Pop, venons-en au fait ! Que vaut Mukai ?

Soyons honnêtes, lorsque j’ai débuté la lecture de ce manga, je ne m’étais pas encore beaucoup renseignée sur son origine et n’avais connaissance que de ce que l’auteur avait inscrit dans la deuxième de couverture. Pour garder toute objectivité, j’ai préféré d’abord me plonger dans l’histoire, sans jugement. Et il se trouve que je me suis endormie au bout d’une trentaine de pages… Le dessin est parfois brouillon, comme l’édition (coupures, bavures), et manque globalement de maîtrise, surtout dans les décors. Suivre les aventures du jeune Mukai, de son petit frère et de son grand-père, à la ferme, n’est pas des plus captivants. Bien sûr, l’histoire ne s’arrête pas au quotidien d’éleveurs de vaches à lait, et rapidement, des embûches vont arriver. Le grand-père va perdre l’usage de ses deux yeux dans son sommeil et Mukai va se réveiller avec une cicatrice sur l’œil. Il se trouve qu’un gros méchant manquant cruellement de charisme les a attaqués dans un cauchemar et que cela a eu des conséquences dans le monde réel. Avide de vengeance, le héros éponyme, va alors partir à l’aventure en emportant avec lui une petite fiole de lait magique – n’oubliez pas que les jeunes enfants qui lisent doivent avoir envie de travailler pour les Produits Laitiers !

Il fera la rencontre d’un senseï calé sur ce type de problème et bien balèze, qui l’aidera à se venger en entrant, consciemment, dans le monde onirique. Mukai va faire alors la connaissance d’autres protagonistes dont une unique fille qui, bien sûr, va tout de suite tomber amoureuse de lui. Tout ce petit monde devient BFF en un rien de temps et part combattre dans les rêves régulièrement. Évidemment, cela rappelle Dreamland, global manga de Reno Lemaire, l’originalité du folklore, l’humour et les personnages charismatiques en moins. Franchement, une fois le tome refermé, et malgré l’essai d’un cliffhanger, on n’a pas une grande envie de savoir la suite et on a du mal à voir comment l’histoire pourrait nous surprendre. Comme si Kriko JR et les éditions Omake, en avaient conscience, ils n’hésitent pas à dire sur les réseaux qu’il y aura un tome 2, seulement si le succès est au rdv. Celui-ci n’a peut-être donc pas encore été écrit et il faudrait certainement que les Produits Laitiers jugent cette campagne de pub efficace pour avoir le droit à une suite. Rien n’est moins sûr quand on voit le bashing que peut recevoir le manga sur les réseaux.

Mukai n’est donc pas une grande réussite. C’est un shônen très basique servi par des dessins qui manquent malheureusement de finesse et de précision. Même si Kriko JR a l’ambition d’un Radiant, ce n’est sans doute pas avec ce manga qu’il parviendra à séduire le pays du soleil-levant…à moins d’un coup de com’ bien bourrin ? 

Mukai Tome 1 est paru aux éditions Omake Manga le 10 novembre 2022 et est disponible au prix de 6,95€

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