VADOR ABATTU OU LE GRAND SPECTACLE DE PAPIER. LES COMICS STAR WARS EPOQUE DISNEY

Le jour où Disney rachetait la licence Star Wars (après avoir acquis Marvel), le fanboy de l’univers créé par George Lucas prenait peur tant la firme de Mickey Mouse pouvait potentiellement édulcorer et aseptiser la licence, en d’autres termes, orienter l’univers vers du « trop familial » ou trop « grand public ». Star Wars étant par essence grand public, ce fût surtout l’extension vers le familial qui pouvait affoler les foules déchaînées de fans (« Star Wars Rebels » ?). Qu’en est il de la série de comic books publiée par Marvel depuis quasiment deux ans, et plus particulièrement du premier crossover tout juste publié : Vador Abattu ?

L’un des points forts des deux séries phares partageant l’univers de la licence (Star Wars et Dark Vador, publiés en kiosque puis en albums chez Panini France) est la continuité qui la caractérise. C’est-à-dire que les comic books rentrent officiellement dans l’univers des films, au contraire des livres et des bandes dessinées qui étaient diffusés depuis les années 80, qui correspondaient à un univers étendu (mais reprenaient tout de même les personnages et les éléments des films). Ainsi, les nouvelles séries de BD chez Marvel s’inscrivent dans la continuité des pellicules, introduisant des personnages ayant de réelles répercussions sur l’univers. La trilogie écrite par Timothy Zahn, retraçant les pérégrinations de l’amiral impérial Thrawn n’était qu’une suite officieuse à la trilogie originelle (épisodes IV, V et VI) tandis que les deux publications dont on parle dans cet article (se positionnant chronologiquement entre les épisodes IV et V) sont ancrées officiellement et durablement dans l’Histoire de la saga.

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On pourrait se demander si la surexploitation de la licence par Disney conduirait Marvel à publier à la va-vite du contenu estampillé Star Wars sans réellement apporter de fond. Que nenni. L’équipe éditoriale a choisi des scénaristes réellement impliqués : Jason Aaron (Thor, Scalped, Wolverine)  et Kieron Gillen (Iron Man, Young Avengers) scénarisant respectivement Star Wars et Dark Vador. Aux crayons, ce sont les talents de John Cassaday, Stuart Immonen, Gabrielle dell’Otto, Mike Deodato Jr ou encore Salvador Larroca qui sont mis à contribution. Le résultat de ces symbioses est plus que satisfaisant, portant même parfois le comic book aux nues, comme le crossover liant les deux séries (« Vador abattu », publié dans les septième et huitième volumes en kiosque). Ainsi, après avoir campé un Vador extrêmement cruel (beaucoup plus que dans la saga cinématographique), en proie au doute de façon récurrente concernant sa foi pour le côté obscur (il est souvent assailli par des relents de son passé en tant qu’Anakin Skywalker)  et quelques nouveaux personnages réellement intéressants, comme l’alliée secrète du père de Luke, le Dr Aphra, dont la relation avec Vador évolue de façon à la fois ambigüe et subtile, c’est une apothéose sous forme d’action frénétique que le lecteur découvre dans les six épisodes de Vader Down.

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Peu d’éclats politiques (au grand dam de George Lucas, sans nul doute), mais un enchaînement de séquences d’action sur plusieurs fronts, comme la pellicule nous y avait habitué dans ses climax. Combats spatiaux dantesques, duels au sabre laser interminables, traquenards tendus à l’équipe du Faucon Millenium sur la planète Vrogas Vas, et cela sur plus de cent pages. Moins riche en terme de dialogues ou de psychologie bien évidemment que dans les épisodes menant à ce crossover, il n’est pas rare d’éclater de rire à la lecture de quelques séquences humoristiques ou des répliques de C3PO ou Han Solo. Graphiquement, le trait de Deodato Jr fait merveille, plaçant celui de Larroca (dont le talent n’est plus à critiquer) nettement en retrait.

Très bonne lecture, ce grand spectacle de papier est une excellente surprise, pour qui doutait de la reprise par Disney de la licence Star Wars. Vador y est d’une cruauté sans pareille (rarement atteinte dans les films), et l’action quasi frénétique de ces  six épisodes touche aussi bien à l’originalité sur certaines séquences qu’à un humour propre à la saga. Premier essai de crossover réussi pour les comics Star Wars, Vador Abattu reste tout de même en retrait de ce que Gillen et Aaron avaient pu produire en terme de scénario jusqu’à présent sur l’univers de George Lucas.

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