Detroit : Become Human. L’heure de la révolte

Détroit est la ville des usines de voitures désaffectées aussi bien que celle de Robocop (dans l’imaginaire collectif). Gageons que les joueurs s’étant essayé au dernier Quantic Dream verront en Détroit une ville peuplée d’androïdes luttant contre la ségrégation en 2038. Loin d’être exempt de défauts (surtout sur le plan de l’originalité), Detroit : Become Human est une expérience de jeu tout à fait convaincante apte à séduire les adeptes de scénarii à embranchements aussi bien que le grand public, déjà au fait des opus PS3 du studio français (le déprimant et parfois décalé Heavy Rain ainsi que Beyond Two Souls). Faut-il regretter The Nomad Soul ? Réponse dans les lignes qui suivent.

 

Sur la forme, Detroit : Become Human est tout simplement magnifique. La motion capture effectuée sur les différents acteurs ayant participé est impressionnante, tout autant que la synchronisation labiale ou le réalisme des mouvements des acteurs. Extrêmement réussi en terme de crédibilité au niveau du réalisme, le dernier Quantic Dream parvient à bluffer son auditoire. Les différents personnages campés par de très bons acteurs (au jeu parfois robotique comme celui interprétant Connor, et pour cause) peuplent des décors quasi photo-réalistes dépeignant un Détroit futuriste où untel fait son jogging suivi par son androïde, un autre traverse un passage piéton numérique pour ensuite faire usage de sa puce intégrée pour régler ses achats. Certains passages sont esthétiquement impressionnants et fleurent bon la direction artistique de génie (un androïde doit se rafistoler pièce par pièce dans une décharge réservée à ses congénères d’un glauque résolument macabre).

 

Un summum de replay value

 

L’expérience de jeu est réellement très plaisante, immergé que l’on est dans ce Détroit de 2038, et amplifiée par un gameplay de jeu narratif à embranchements. Doté de ce fait d’une immense replay value (une seconde partie du jeu sera très dissemblable, d’autant qu’il est possible de connaître en amont de chaque chapitre les embranchements que l’on a choisi lors des parties précédentes) le titre offre une durée de vie plus qu’ambitieuse. L’un des points forts indéniables du titre.  Seul problème de ce procédé narratif, l’action est assez souvent hachée (le temps de lire et de sélectionner son choix – pourtant en temps limité) et le soft perd en fluidité, phénomène récurrent pour les jeux de ce type. Detroit Become Human est également plus chargé émotionnellement qu’un dorama japonais (comprenez série télévisée japonaise live tire-larmes au possible), et parvient à créer parfois une profonde empathie pour les androïdes que l’on dirige.

 

 

Le soulèvement des machines

 

Cela étant, le scénario est critiquable sur bien des aspects, proposant parfois des personnages clichés (le flic traumatisé alcoolique, pour ne citer que lui) ou des situations par trop prévisibles et convenues ( l’androïde éprouvant des sentiments maternels). D’autres idées sont par contre très bien mises en scène, comme le point de rupture des androïdes, s’approchant après diverses “instabilités système” rencontrées au fur et à mesure du développement du scénario. Le côté apartheid vis-à-vis des androïdes manque également cruellement d’originalité et trouve ses sources dans les trop nombreux malheureux événements du XXe siècle, que les mouvements pour les droits civiques auront dénoncé aux Etats-Unis.

 

Faut-il donc regretter The Nomad Soul, pour son univers, la présence de David Bowie ainsi que sa difficulté issue d’un autre âge vidéoludique ? Il n’y a tout simplement pas de réponse à cette question puisque Detroit Become Human n’a de commun avec celui-ci que son studio de développement ainsi que David Cage, producer ambitieux. C’était donc un piège, afin de savoir si les deux au fond, là, suivaient correctement cet exposé. Parfaitement réussi sur la forme et le gameplay (offrant une replay value vertigineuse), le dernier titre de Quantic Dream pèche par une mise en scène parfois trop hachée et surtout par un scénario flirtant trop souvent avec les poncifs. L’expérience de jeu n’en est pas moins plaisante et se sera vu parfois satisfaire même les plus réticents aux productions de David Cage. Un réel succès en soi !

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