Chronique : Ping Kong Tomes 1 et 2

Ping Kong est un manga des éditions Mangetsu particulièrement connues pour la réédition des œuvres de Junji Ito, l’un des plus grands maîtres du manga d’horreur. Avec Ping Kong le jeune label né en mai 2021 étoffe son catalogue en proposant un manga humoristique terminé en deux tomes d’un auteur jusqu’ici inconnu au bataillon répondant au nom de plume de Comic Jackson.

Si Ping Kong peut effectivement être placé dans la catégorie « gag manga », le ton donné à l’œuvre est relativement sérieux, du moins au départ. Nous suivons deux sœurs jumelles, Kotomi et Takumi, qui rêvent de s’illustrer dans le monde du ping-pong. L’une est sacrément douée, l’autre beaucoup moins. La seconde, Takumi, semble si déçue d’elle-même qu’elle décide visiblement (c’est du moins ce que suggère le dessin) de mettre fin à ses jours. Cependant, le sort en a décidé autrement : elle ne disparaît pas mais se réincarne en gorille ! Ce nouveau corps ne va pas l’aider au départ à mieux jouer au ping-pong mais sa sœur, touchée par ce qui lui est arrivé, va tenter de l’aider à continuer à pratiquer ce sport avec elle, et à disputer des tournois en double malgré ce handicap. Le pitch n’a donc rien de très amusant en soi mais l’absurdité de la situation va faire naître des scènes comiques, ou du moins qui cherchent à l’être. A chacun son humour mais attendez-vous ici à un comique peu subtil que nous qualifierons de « bas-étage », tournant souvent autour de choses triviales.

Certains le font très bien (Akira Hiramoto dans Prison School par exemple) mais ce n’est pas vraiment le cas de Comic Jackson, malgré son nom… Le problème est que l’auteur s’éparpille beaucoup trop, alternant maladroitement des flash-back émouvants avec des scènes à l’humour potache. Les chapitres ne se suivent pas souvent, particulièrement dans le tome 1, et passent du coq à l’âne : un match de ping-pong, un flash-back, une introduction de nouveaux personnages… Cela manque d’une véritable trame narrative. L’auteur semble avoir balancé ses idées sur le papier comme elles venaient, de façon plus ou moins cohérente. Le pire, c’est que même lui en a conscience et s’en excuse à la fin du tome 2 qui clôt son histoire : « J’étais sérieux, au début, puis c’est parti dans tous les sens. Je tiens à présenter mes excuses aux personnes et aux gorilles qui m’ont encouragé et soutenu dans cette aventure. »

Des questions demeurent sans réponse et l’histoire se finit de façon abrupte. Tout cela est bien dommage car en soi, il y avait de bonnes choses, ne serait-ce que le dessin (et ce n’est pas rien !) qui est dynamique et illustre bien la puissance des frappes lors des matchs de ping-pong. Il y avait moyen de faire, avec ce trait-là, un bon shonen sportif, genre avec lequel le manga flirte quelques fois. Les personnages sont plutôt charismatiques même si personnellement je ne suis pas fan du style caricatural, grosse tête sur petit corps. En deux tomes précipités, on n’a malheureusement pas le temps de s’attacher réellement aux différents protagonistes, ni même aux deux héroïnes, l’une étant un gorille qui ne parle pas et l’autre n’étant pas des plus aimables au regard des flash-back.

Ping Kong est donc une déception. L’histoire n’est pas assez travaillée et l’auteur lui-même perd manifestement de vue ses objectifs au fur et à mesure de l’écriture. Tout n’est pas mauvais, loin de là, le dessin est propre, détaillé, le coup de crayon dynamique et certaines idées auraient mérité d’être creusées. On attend maintenant le prochain manga de l’auteur qui a le mérite de prendre conscience de ses erreurs et de vouloir s’améliorer comme il l’écrit : « Je vais faire de mon mieux pour écrire un bon manga avec des gorilles ». Nous serons au rendez-vous ! 

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