Chronique : Bokko-chan, la SF à picorer

Omaké Books a publié récemment un recueil d’histoires courtes écrites par le très populaire auteur de science-fiction et d’anticipation Shinichi Hoshi. Bokko-chan regroupe 50 micro-nouvelles, ou “short-short” dont la particularité est de proposer un dénouement inattendu. Ces histoires se lisent en 15 minutes, soit le temps d’un trajet en transports en commun et connaissent un énorme succès au Japon. L’éditeur de cette version française ayant un vécu très personnel avec la découverte de ce recueil sur l’archipel, il s’est décidé à prendre le risque de le traduire et de le publier en France, ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Le point de départ d’un engouement français pour la science-fiction à picorer ?

Les 50 nouvelles regroupées dans Bokko-chan se lisent de manière indépendante et assez rapidement pour que l’on puisse associer leur lecture au plaisir du “grignotage”. On lit une nouvelle de temps à autre, entre deux activités, dans les transports, dans une file d’attente, ou lors de toute activité assez courte permettant de se laisser aller au plaisir d’une lecture savoureuse. Car on revient à ce recueil aussi régulièrement que l’on pourrait revenir au pot de beurre de cacahuète posé dans la cuisine, et avec une semblable délectation. 

Que ce soit l’histoire relatant l’utilisation d’un trou insondable pour se débarrasser de déchets,  ou celle du cosmonaute répondant à un S.O.S, ou encore celle du père Noël braqueur, toutes ont, outre leur originalité, une chute  provoquant parfois un rire, parfois un frisson de dégoût (voyez la nouvelle intitulée “le syndrome animal”), parfois une illumination, mais réservant toujours une immense surprise au lecteur. Difficile de découvrir assez tôt où Shinichi Hoshi veut en venir à la lecture de ses “short-short”, ce qui induit systématiquement un effet de surprise significatif en fin de micro-nouvelle.

Shinichi Hoshi prend un malin plaisir à jouer avec l’esprit de ses lecteurs en construisant ses nouvelles de façon à créer cette surprise : quelques éléments viennent parsemer le récit d’indices pouvant avoir plusieurs interprétations, par exemple. Dans la nouvelle “Extermination”, où des extra-terrestres souhaitent rayer l’espèce humaine de la surface de la Terre, il décrit comment ils ont pu capturer un humain pour lui enlever la peau. Or cette peau s’avère être tout autre chose en fin de nouvelle, provoquant ainsi une réelle surprise chez le lecteur – ainsi qu’un beau sourire. Difficile de rester hermétique, en effet, à l’humour inhérent à ce recueil de micro-nouvelles..

On retrouve également dans la lecture de Bokko-chan une science-fiction qui rappelle les meilleurs moments d’Osamu Tezuka, plus particulièrement les récits regroupés dans “Hi No Tori” (Phénix). Une SF toujours plus dans la démesure, poussant ses concepts à l’extrême, comme peut le relater “Le dernier homme sur Terre”. Dans cette nouvelle, Shinichi Hoshi décrit comment évolue notre planète avec un certain pessimisme (sururbanisation, surpopulation) jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un être humain. Ces thématiques, et surtout ces descriptions assez détaillées d’une évolution sombre et pessimiste font écho au “Phénix” de Tezuka.

Bokko-chan propose une lecture vraiment marquante par son humour, les thèmes abordés, son jusqu’au boutisme, et la manière dont  ses récits parviennent à manipuler puis étonner. On revient à ce recueil très souvent, pour picorer une ou deux nouvelles et ressentir le plaisir de se laisser surprendre une fois encore. Il ne reste plus qu’à espérer un succès de librairie assez important à cette édition pour que d’autres micro-nouvelles rédigées par Shinichi Hoshi puissent être traduites et publiées à leur tour dans la langue de Molière.

Bokko-chan (304 pages) est paru le 30 janvier 2020 chez Omaké Books, au prix de 14,90 €

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