Chronique : Aux origines de Castlevania Symphony of the Night

Tous les joueurs connaissent une histoire spécifique, un ressenti vis à vis d’un titre qui les aura particulièrement marqué. Castlevania Symphony of the Night, que nous avons découvert sur le tard (quelques sept années après sa sortie sur PlayStation), nous aura tant séduit en 2004, puis lors des itérations suivantes – sur Xbox 360 et PS4 – que nous avons fini par placer le titre sur le piédestal réservé aux oeuvres cultes, comme beaucoup d’autres amateurs de jeux vidéo. Raphaël Lucas fait partie de ceux-ci, à tel point que le journaliste de Jeux Vidéo Magazine consacre son dernier ouvrage intégralement au jeu de Konami. Aux origines de Castlevania Symphony of the Night revient sur les fondements, le développement et l’héritage laissé par ce titre majeur du média.

Divisé en trois actes, tel un opéra ou une pièce de théâtre, Aux origines de Castlevania Symphony of the Night se penche dans un premier temps sur les inspirations venues d’occident du designer japonais Akamatsu, créateur des premiers titres Castlevania, puis de l’histoire du développement de ces derniers, qui est absolument passionnante, et beaucoup plus éloignée de Metroid que ce que l’on aurait pu croire. Les goûts de ce designer expliquent les divers choix cinématographiques du premier Castlevania sur NES, par exemple. Akamatsu est responsable du développement des trois premiers titres Castlevania, et Raphaël Lucas lui consacre une belle part de son ouvrage. Serait-ce une réhabilitation de cet artiste, malheureusement tombé dans l’oubli, à une époque où les développeurs de jeux vidéo usaient de pseudonymes pour signer les versions console de leurs oeuvres ? Toujours est-il que cette période est riche en anecdotes croustillantes sur la façon dont Konami gérait ses troupes. 

L’Acte second concerne la période Igarashi, qui reprit le flambeau de la série pour enfin en développer l’épisode Symphony of the Night. A la fois très inspiré par ses prédécesseurs (au point d’en calquer certains sprites) et remise à zéro de la licence, il a marqué plusieurs générations de joueurs (car sans cesse réédité – en tout cas à nouveau publié, au moins de façon dématérialisée) et a atteint le rang d’oeuvre culte. Les anecdotes fusent dans cette partie. On apprendra par exemple que tous les participants au développement du jeu ont dû s’improviser level designers, et apporter leur patte personnelle au tableau d’ensemble que constitue le château de Dracula. L’histoire des hommes et des femmes qui ont travaillé sur ce titre sous la supervision du très perfectionniste ”IGA” Igarashi, comme Michiru Yamane (compositrice des musiques) ou Ayami Kojima (illustratrice) est tout à fait passionnante, et l’on se remémore ses parties de Symphony of the Night lors de la lecture de l’ouvrage de Raphaël Lucas en allant d’illumination en  illumination : on comprend bien mieux pourquoi tel ou tel passage du jeu, ou même son architecture globale sont réalisés de telle ou telle manière.

Dans une troisième partie, Raphaël Lucas développe l’héritage de ce titre culte dans la sphère vidéoludique, en survolant par trop malheureusement les autres titres d’Igarashi -sur Game Boy Advance et Nintendo DS– et en développant un peu trop à notre goût la série d’Hidetaka Miyazaki, les “Souls” (Demon’s Souls, Dark Souls et Bloodborne). Quand bien même le lien entre ces oeuvres majeures est indéniable, on aurait apprécié autant d’informations sur les titres GBA et DS que le premier acte du livre en offrait sur les Castlevania des ères MSX, Famicom et Super Famicom. Peut-être dans un prochain ouvrage ? 

Comme la plupart des ouvrages consacrés à l’Histoire du jeu vidéo, Aux origines de Castlevania Symphony of the Night ne nous narre pas que des anecdotes de développement mais réserve également quelques pages à l’accueil critique et commercial de la plupart des titres Castlevania. L’aspect “business” est bien moins approfondi que l’aspect artistique qui ont fait de Symphony of the Night le titre culte qu’il est aujourd’hui. Point de fichier Excel dévoilant les ventes hebdomadaires des titres Castlevania, mais une écriture lorgnant sur l’immense créativité des équipes de Konami à l’époque. On se souviendra par exemple d’une Michiru Yamane mise sous pression par un employé du département des ventes dans son processus créatif. Cet aspect, inhérent à l’industrie du jeu vidéo (la dichotomie business / artistique) se retrouve bien entendu chez la plupart des auteurs consacrant des ouvrages historiques au média (on pense à Christophe Mallet dans son livre sur Metroid paru chez Pix’n Love, par exemple). Au contraire d’ouvrages concernant une société spécifique (L’Histoire de Nintendo, chez Omaké Books, La Révolution PlayStation chez Pix’n Love ou Au Coeur de la Xbox de l’illustre Dean Takahashi, encore publié chez Pix’n Love), le livre de Raphaël Lucas insiste sur la chair et le sang de Symphony of the Night, essentiellement composée de la sueur des nombreux artistes ayant travaillé sur le projet, et ne s’appesantit pas trop sur l’aspect “industrie” du jeu.  

Véritable lettre d’amour envoyée à Castlevania Symphony of the Night – et à la série Castlevania -, l’ouvrage de Raphaël Lucas ne transpire pas que la passion, il est aussi un monument de documentation, d’érudition, de références essentielles. Extrêmement bien écrit, comme à l’habitude de l’auteur, il permet de se replonger dans une époque où la 2D régnait avec goût sur le jeu vidéo, où Symphony of the Night faisait figure d’OVNI en reprenant justement ces axes x et y alors que le reste de la production PlayStation lorgnait vers une 3D dégoulinante d’action gore et de violence “adulte”. Cet ouvrage touchera de plein fouet (!) les joueurs qui ont été plus ou moins marqués par ce titre culte à sa sortie et lors de ses périodiques rééditions. Très riche en interviews et en anecdotes relatives aux différents participants du développement des titres Castlevania, ce livre constitue une colossale mine d’informations qui ravira les esthètes. Un must-have ! Notre seul regret concerne le survol rapide des épisodes GBA et DS réalisés par Igarashi, quand les “Souls” prennent une place plus importantes dans l’ouvrage, en tant que légataires de l’esprit Castlevania. Mais peut-être que chacun de ces titres mériterait un ouvrage complet ?

Aux origines de Castlevania Symphony of the Night est disponible aux éditions Omaké Books au prix de 19,90€ pour l’édition standard et de 29,90€ pour l’édition collector.

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