Chronique : Invincibles – Au Pays du Dalaï-Lama

L’ éditeur Florent Massot publie en ce mois de  mars 2021 un manga au contexte original, une “aventure politique et humaine” qui dépeint aussi bien le courage nécessaire face au handicap que la situation dramatique du Tibet.  La mangaka Kan Takahama, qui a reçu en 2020 le Grand Prix culturel Osamu Tezuka et auteure de La Lanterne de Nyx chez Glénat, met en images et phylactères un scénario de Sofia Stril-Rever, biographe française du Dalaï-Lama (avec qui elle a co-signé quatre ouvrages traduits en plus de vingt langues). Cette coopération franco-japonaise, à la fois très forte et émouvante dans son propos, lance de nombreux messages d’alerte.

L’un des grands atouts du média manga est de pouvoir traiter d’une infinité de sujets. Il suffit de se rendre dans une librairie dédiée au Japon – c’est moins décelable en France – pour constater que les mangakas s’expriment aussi bien sur des sujets éducatifs et pédagogiques que sur l’adaptation du dernier jeu de rôle à la mode. Invincibles, inspiré de faits réels, cherche à alerter sur des thèmes parfois extrêmement durs (amputation, immolation, par exemple), et pourtant ne choque jamais par son dessin ou les situations qu’il décrit. 

Maya, victime d’un attentat terroriste à Paris, se voit amputée d’une jambe. Au hasard d’une vidéo Youtube, elle découvre le message du Dalaï-Lama qui lui permet de faire face à sa situation et de renaître, avec de nouveaux objectifs, un nouvel élan. Son handicap l’ emmènera paradoxalement vivre des aventures à l’autre bout du monde. Le récit se lance réellement dès lors.

Graphiquement, Kan Takahama nous livre une superbe copie, adoucissant de son trait un propos difficile, mais sur le plan de la narration et du découpage on sera surpris de lire un récit dont le rythme s’apparente plus à celui d’une bande dessinée franco-belge sur plus de 140 planches qu’à celui d’un manga. Très condensée, l’histoire nous est contée presque trop rapidement, usant de quelques raccourcis, ce qui est dommage. Sur le fond et la forme, donc, malgré ce défaut de narration, Invincibles est un très bon titre, porteur d’un message fort, qui se doit de figurer dans toute mangathèque digne de ce nom. 

Plaidoyer pour la compassion et pour la parole du Dalaï-Lama, Invincibles est également le récit d’une aventure poignante, magistralement mise en images, qui mériterait une narration moins intense, plus diluée : certains événements s’enchaînent en effet trop rapidement, ce qui nuit malheureusement au réalisme de l’ensemble. Cela étant, le manga de Sofia Stril-Rever et de Kan Takahama se révèle très plaisant à lire, ne sombrant jamais dans le victimisme ou le larmoyant malgré son propos, ce qui donne une force supplémentaire au message qu’il souhaite faire passer.  On n’avait d’ailleurs pas été autant frappé par ce message depuis le manga Bouddha de Tezuka.

Invincibles est disponible depuis le 18 mars 2021 au prix de 16 euros.

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