Critique : Rustler

Parodier l’une des séries de jeux vidéo les plus populaires de tous les temps est ni plus ni moins ce que propose Rustler. Une simulation de vie médiévale de voleur de chevaux développée sous Unity ? Peu y avaient songé, mais le studio Jutsu Games s’est lancé dans cette production aussi atypique qu’hilarante, pour le plaisir des amateurs d’humour gras ou de références aux Monty Python. Pourquoi ce titre est-il réussi malgré ses nombreux défauts ? Explications dans les lignes qui suivent.

Lors d’une vidéo d’introduction filmée en live – ça ne s’invente pas – et montée à la manière d’une séquence de Grand Theft Auto, on entre dans le vif du sujet : Guy, voleur de chevaux aux allures de skinhead (ou du personnage principal de Bully, autre production des studios Rockstar) évolue dans un contexte médiéval avec tout ce que cela implique, sans pour autant oublier les références cinématographiques ou au monde moderne. 

“Maintenant où est ce putain de Graal ?”

Ce décalage humoristique crée bien entendu des situations absolument hilarantes, comme une écriture de dialogues plus proche des paroles d’un morceau de Suprême NTM que d’un véritable langage médiéval châtié. Les doublages sont des grognements enregistrés, les “putain” émis par les divers preux chevaliers parsemant ce petit open world fusent à tout va, et on en redemande !  Les situations humoristiques ne sont pas en reste, comme ces divers déguisements (la Mort, une prostituée) à enfiler ou ces quêtes demandées par des curés sans foi ni loi, ou encore ce chevalier du Graal qui perd ses membres en combattant. 

Rustler regorge d’humour, même dans les features qu’il propose, comme cette possibilité de “traîner” son autoradio avec soi, ou plutôt son barde avec soi. Le-dit barde pourra changer de refrain d’une simple pression sur un bouton. L’idée du millénaire. Ce même bouton, si on n’embarque pas d’autoradio, permettra à Guy de péter et roter à foison. Un jeu rabelaisien, Rustler ? Les environnements proposés par la map sont eux-aussi marqués du sceau du décalage humoristique, comme ces parkings pour chevaux, ces transats sur la plage, ces vomis intenpestifs et cris de torture dès lors qu’on évolue en ville… Un bien beau Moyen-Âge !

Audaces Fortuna Juvat

Ce voleur de chevaux en quête perpétuelle d’enrichissement oeuvre donc dans un background d’une originalité qui fait plaisir quand on sait à quel point le média jeu vidéo regorge de situations vues et revues. Un comble pour un titre parodique ! Rustler, un remède contre la standardisation vidéoludique ? 

Le titre de Jutsu Games aurait-il tout pour plaire au chaland ? Ce serait passer outre ses nombreux défauts, malheureusement, comme une intelligence artificielle souvent aux fraises ou des combats absolument pas précis, qui viennent noircir un tableau pourtant bien joli (si ce terme peut être utilisé pour Rustler) au demeurant. En effet, la garde à pied ou montée est soit trop sévère en terme de repérages, soit beaucoup trop laxiste (c’est-à-dire qu’elle passe à côté de corps tout juste démembrés sur la chaussée sans réagir) et c’est vraiment dommage. 

Ce sont pourtant surtout les combats (encore une fois à pied ou à cheval) qui laissent à désirer, car ils laissent une place trop importante au hasard et à l’imprécision. Pas évident, en effet, de cibler son adversaire pour le vaincre au contact de manière générale. Dommage, encore une fois… Cette imprécision demande pourtant un petit sens tactique (puisqu’elle ajoute de la difficulté) lorsqu’on doit affronter un groupe de PNJ, par exemple. Avant la joute, on pourra d’abord en éliminer un à l’arbalète pour se donner plus de champ libre afin de se débarrasser des autres à la lance. Il est possible de contrer et d’esquiver les attaques adverses. Par ailleurs, nous n’avons pas bien compris le rôle de la jauge d’endurance, qui ne fait qu’ajouter à la difficulté du titre pourtant orienté arcade.

La création du studio Jutsu Games pêche certes à bien des égards, que ce soit en terme de réalisation pure et dure (pas bien joli, quelques bugs ici et là) ou dans son gameplay des plus hasardeux lors des phases de combat, et pourtant ! Ne pas s’y essayer serait rater la grosse marrade vidéoludique de l’année 2021, dans une industrie dont les productions mainstream se prennent de plus en plus au sérieux, malheureusement. On a donc ri aux éclats en jouant à Rustler, qui propose non seulement une écriture de dialogues hilarante surpassant parfois son modèle (Grand Theft Auto) de par son contexte médiéval ainsi qu’un maximum de références tous azimuts (les Monty Pythons, respect !) ou des features bienvenues, comme ce barde faisant guise d’autoradio ou ces sons émanant de la manette PS5, reprenant par exemple les “klaxons” d’avertissement d’un engin de chantier qui recule lorsqu’on conduit une charrette. Lister ici exhaustivement ces moments de franche poilade n’est évidemment pas possible. Jouez-y, essayez Rustler ! 

7

Critique réalisée sur PlayStation 5 à partir d’une version fournie par l’éditeur

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