Critique : Astria Ascending

C’est toujours un plaisir renouvelé d’accueillir sur sa console un nouvel RPG japonais au tour par tour ; et la curiosité est d’autant plus grande quand la licence est (presque) nouvelle. Le jeu mobile français Zodiac : Orcanon Odyssey sorti en 2015 est en fait à l’origine de cette nouvelle mouture, servie par un scénario de Kazushige Nojima (qui a déjà écrit les scénarios de différents Final Fantasy) et des illustrations, entre autres, de Hideo Minaba (directeur artistique des FF VIII, IX et XII). Sur le papier, ça donne tout de suite envie de s’y intéresser !

Et la première chose qui nous frappe l’œil, c’est justement l’esthétique du titre. Les décors et personnages conçus en 2D sont somptueux et richement colorés. Fouler le sol en compagnie de son principal compagnon est un plaisir immédiat. Les animations lors des « cinématiques » sont presque figées mais elles contentent tout à fait le joueur lors des combats et des déplacements (malgré quelques démarches étrangement grotesques !). Au fil de l’aventure, nous évoluons dans des décors classiques mais variés (l’eau, le feu, la forêt, tout ça, tout ça !). Les couleurs sont toujours chatoyantes et rendent le monde d’Orcanon paisible et harmonieux.

L’harmonie, justement, parlons-en ! Elle est au centre de l’histoire principale. En effet, dans ce titre nous incarnons des « demi-dieux » qui ne sont autres que des être, humains ou non, qui ont été choisis pour préserver l’harmonie du monde d’Orcanon. Malheureusement pour les huit protagonistes que nous contrôlons dès les premières minutes du jeu, cette condition est particulièrement tragique : une fois élus, les demi-dieux au service de la déesse Yuno, n’ont plus que trois ans à vivre. L’histoire commence alors que nos héros sont à seulement trois mois de leur déclin et qu’une horde de protestataires s’est décidée à envahir les régions jadis prospères d’Orcanon, pour renverser la société mise en place et faire régner le chaos à la place de l’harmonie, jugée liberticide et violente. En apparence, c’est un peu les forces du bien contre celles du mal mais au fur et à mesure de votre avancée, vous vous apercevrez que la frontière entre le bien et le mal est finalement bien fine et que nos ennemis ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Ainsi, le scénario aborde des thèmes assez profonds et n’est pas aussi naïf qu’il n’y paraît au départ. C’est un vrai plus même si l’on peut regretter que certains sujets ne soient pas plus creusés et que nos demi-dieux manquent trop souvent de caractère. 

Les personnages que l’on incarne sont donc au nombre de huit. Nul besoin de les débloquer, ils sont disponibles, comme dit précédemment, dès les premiers instants du jeu. Cette plongée soudaine et brutale dans le titre peut quelque peu dérouter. Il faut se familiariser assez vite avec les compétences et aptitudes de chaque personnage et la première fois que vous souhaiterez les équiper, cela pourra vous paraître assez long et laborieux. Précisions en ce sens qu’aucun système automatique n’est proposé dans le jeu et qu’il faudra vous occuper de tous vos héros un par un, aussi bien pour les stuffer que pour leur choisir des compétences. La liberté est appréciable mais les plus pressés et les moins adeptes de l’optimisation personnalisée passeront leur tour rapidement. Ici, on est véritablement face à un J-RPG à l’ancienne. Les combats sont également lents et rien n’a été prévu pour les accélérer. Il faudra patienter devant chaque animation à l’écran. Personnellement, cela ne m’a pas dérangée plus que ça lors des affrontements mais j’ai ragé de ne pouvoir aucunement accélérer les dialogues lors des cinématiques. On se console dans ces moments avec les musiques orchestrales réussies qui servent bien l’image.

Retournons aux combats. Dans ce genre de jeu, c’est clairement le nerf de la guerre ! Et ici, il faut avouer, malgré le problème de lenteur cité plus haut, qu’ils sont très plaisants. C’est du classique bien fait. Les ennemis ont des affinités avec certains éléments et il faudra bien réfléchir aux sorts envoyés pour maximiser les dégâts et gagner des points de concentration permettant d’amplifier les dommages d’une des attaques suivantes. La difficulté est au rendez-vous (et peut d’ailleurs être augmentée ou diminuée quand bon vous semble dans les paramètres) et il ne faut pas hésiter à user d’objets pour venir à bout d’adversaires plus coriaces. Ne comptez pas trop sur l’ouverture des coffres pour grossir votre inventaire. Ils ne sont pas très nombreux et il faudra régulièrement passer à la caisse pour bien s’équiper en items – et évidement en équipements. Pour optimiser ses dégâts, plusieurs arbres de compétences plutôt bien foutus sont proposés à chaque personnage pour que vous puissiez orienter chacun dans la direction qui vous plaît. Tout au long de l’aventure, vous obtiendrez des orbes qui vous permettront de débloquer différents jobs. Chaque demi-dieu peut en avoir 3 actifs en plus de celui de base. Ils sont cumulatifs et chaque job est gardien d’un nouvel arbre de compétences. Il faudra donc bien choisir lesquelles obtenir car vous aurez du mal à toutes les débloquer ! D’autant plus que les niveaux se prennent très lentement dans le jeu et que le farming n’est pas des plus intéressants, notamment à cause de la lenteur des combats et du manque de variétés de monstres dans chaque zone. Choisissez donc bien tout en faisant attention à toujours garder un équilibre entre healer, tank, dps distant et dps corps à corps.  Notons enfin qu’un des personnages est une invocatrice qui trouvera de nouveaux compagnons qui se battront pour elle au fur et à mesure de l’aventure. Évidemment, c’est un indispensable dans un J-RPG mais il est dommage que l’invocation de la créature fasse disparaître temporairement tous vos autres héros du combat. Qui plus est, si vous voulez que votre invocation soit efficace, il faudra que vous ayez mis de côté beaucoup de points de concentration (max. 10) car c’est ce qu’elle utilisera pour lancer des sorts.

Enfin, la progression dans le jeu pâtit malheureusement d’un rythme répétitif. Grossièrement, un méchant attaque, vous vous demandez d’où vient cette invasion et la combattez à la racine après avoir parcouru un donjon escarpé. Certaines énigmes (très sommaires) sont présentes et vous débloquerez différentes capacités au fur et à mesure de l’aventure qui pourront vous pousser à revenir en arrière pour débloquer des chemins jusque-là inaccessibles. L’idée est intéressante mais aurait pu être davantage exploitée. Vous en aurez pour une bonne vingtaine d’heures en ligne droite pour venir à bout du jeu mais faites bien attention à sauvegarder régulièrement car le titre n’aura aucune pitié à vous faire revenir des heures en arrière après un malencontreux faux pas ! Pour l’avoir vécu, j’ai bien cru balancer ma manette plusieurs fois ! On n’est malheureusement plus habitués à ce qu’il n’y ait pas de sauvegarde automatique…

Astria Ascending a finalement l’allure d’un pétard mouillé. Plein de bonnes intentions, il faillit malheureusement à plusieurs endroits et en particulier au niveau du rythme global du titre. Il plaira sans aucun doute aux adeptes du genre, comme moi, sachant passer outre l’aspect répétitif et prenant le temps de savourer un jeu aux superbes graphismes et à la difficulté bien dosée. 

7

Critique réalisée à partir d’une version PlayStation 5 fournie par l’éditeur

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