Critique : Gloomhaven

Adapter un jeu de plateau avec figurines en version digitale est toujours une gageure puisque recréer une ambiance propre à une version sur table, plus sociale, est bien évidemment mission impossible – le plaisir de se retrouver pour manipuler des figurines et un matériel de qualité est absent. Une version ludo-numérique présente pourtant l’immense avantage d’automatiser la plupart des mécanismes d’une partie et d’en raccourcir sa durée. L’esprit du jeu sur table est-il conservé dans cette version PC ?

L’ambiance conviviale d’une partie sur table est certes impossible à reproduire, mais l’ambiance du jeu en lui-même et l’immersion des joueurs proposées par la version digitale de Gloomhaven sont des éléments qui en font un jeu très recommandable. Les divers “donjons” sont tous plus oppressants d’un scénario à l’autre de par une patte artistique réellement maîtrisée, faisant honneur à des personnages originaux, loin des poncifs du genre depuis Heroquest. Le vaste choix de personnages proposé  dès le début d’une campagne, ou à débloquer au fil du jeu est l’un des points forts de Gloomhaven, au même titre que leur originalité, que ce soit en termes de compétences ou de character design. Sur le plan de la direction artistique, Gloomhaven retranscrit bien l’ambiance oppressante que l’on pourrait ressentir en arpentant un donjon, et propose parfois un cachet qui n’est pas sans rappeler une partie de jeu de rôle papier (ou la version digitale de Sorcery ! , notamment au niveau des déplacements sur la carte du monde et des événements ayant lieu sur celle-ci).

Au-delà de leur style, les classes jouables proposent toutes des compétences plus variées les unes que les autres, tout comme la possibilité de les booster grâce à l’élément en place lors du round. D’un round à l’autre, des éléments sont en effet proposés (feu, air…) et il conviendra de choisir les compétences appropriées sur les cartes que possède un personnage pour augmenter ses dégâts, par exemple. Car Gloomhaven n’est pas qu’un jeu de figurines, comme Assaut sur l’Empire pourrait l’être, par exemple. C’est également un jeu de cartes qui agrémente la tactique au tour par tour sur un plateau frappé d’hexagones.  Chaque carte offre deux aptitudes (qui sont remplaçables par une attaque ou un mouvement si on le souhaite) et il s’agit de choisir l’une d’entre elles lors d’une action. Si on choisit le “côté pile” d’une première carte, il faudra opter forcément pour le “côté face”  de la suivante, et ce pour deux actions consécutives liées à deux cartes piochées au maximum.

Pas évident au premier abord, surtout pour les joueurs peu habitués des jeux de carte de ce type, Gloomhaven corse sa difficulté en limitant le type de carte à utiliser, sans quoi le personnage se retrouve éliminé du champ de bataille quand il emploie la totalité de ses ressources. Un système de repos (long rest et short rest) a été implémenté afin de gérer son deck de carte et d’en récupérer les plus cruciales. Il est également possible d’échanger une carte pour se protéger d’une attaque trop puissante.

Les adeptes des tactical-RPG (dont nous faisons partie) seront aux anges tant l’aspect tactique de Gloomhaven regorge de possibilités. Comme d’habitude dans ce type de jeu, il faut analyser les adversaires afin de pouvoir anticiper les situations, en fonction de leur mouvement et de leurs aptitudes d’attaque. On passe donc pas mal de temps à peaufiner ses futures actions au début de chaque round, un peu comme on le ferait lors d’une partie d’échecs, et c’est un régal ! Un mot sur le sound design pour terminer cette critique : sans atteindre des sommets, les musiques du jeu sont plus qu’appréciables et sont vraiment dans le ton. Un bon point pour la voix off, intervenant au début de chaque scénario, afin de mettre en contexte.

Extrêmement riche, dense et complète, cette version digitale du jeu de plateau avec figurines Gloomhaven est une franche réussite. D’une part parce que l’esprit du jeu sur table est conservé, et d’autre part parce qu’il simplifie grandement la préparation du jeu comme le déroulement des parties en automatisant la plupart des mécanismes propres à ce jeu particulièrement complexe à prendre en main, et ce surtout au premier abord. Les esprits les plus critiques pourront lui reprocher sa réalisation pas toujours flamboyante – compensée par d’excellents choix artistiques (l’ambiance du jeu est là) ou sa difficulté en campagne extrêmement élevée dans les premiers scénarios. Internet regorge d’aides de jeu ou de quiz permettant d’en maîtriser les tenants et aboutissants, tant ce titre est aisé à comprendre mais pas évident à maîtriser. Une fois maîtrisé, Gloomhaven est tout simplement hypnotique et on se surprend à effectuer pendant de longues heures de savants calculs tactiques d’un round à l’autre afin de se dépêtrer de situations complexes.  

8

Critique réalisée à partir d’un code Steam fourni par l’éditeur

Laisser un commentaire