Critique : Edge of Eternity

Edge of Eternity est un J-RPG réalisé par une petite troupe de développeurs français amoureux des tour par tour à l’ancienne. Leur studio, appelé sobrement Midgar en référence à FFVII, est passé par la plateforme de financement participatif Kickstarter en 2015 avant d’arriver sur Steam en accès anticipé fin 2018. Sa parution épisodique découpée par chapitre a su trouver et charmer un public fervent du style. Après un passage sur PS4 et Xbox One, le jeu débarque aujourd’hui sur les consoles Next Gen pour les aficionados qui seraient passés à côté du soft.

Au lancement du jeu, il est difficile pour un œil non averti de ne pas être tout d’abord surpris par des graphismes d’un autre temps. Quand on a une manette de PS5 entre les mains, la pilule est un peu dure à avaler. Ainsi, l’ensemble est moche, la réalisation datée, la modélisation des personnages très pauvre et les cinématiques sont au départ pénibles à regarder et à suivre tant les mouvements labiaux sont laborieux. Cela peut en devenir presque comique (il n’est pas rare de voir un perso garder la bouche ouverte alors qu’il ne parle plus) et a tendance à casser l’immersion. Mieux vaut d’ailleurs choisir le doublage japonais qui semble de meilleure facture que le doublage anglais (et non, il n’y a pas de possibilité d’avoir des voix françaises !). L’attitude des personnages manque clairement de naturel. Néanmoins, le jeu s’améliore et le prologue est clairement le moment le plus moche du soft. Il faut s’accrocher et continuer car le reste vaut le coup. En effet, la direction artistique s’avère être vraiment bonne par la suite et parvient presque à faire oublier ces graphismes d’un autre temps (que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…). Le jeu est coloré, les décors variés et, malgré tout, pleins de détails.

Les différentes maps (la première mise à part) sont agréables à parcourir. Le jeu propose d’ailleurs un système de temps qui passe et l’on peut parfois assister à des couchers de soleil amenant une très belle lumière sur une plaine. La météo change également et rend dynamique l’environnement dans lequel le joueur évolue. Finalement, après une première approche difficile, j’ai trouvé le jeu tout à fait plaisant à parcourir ; d’autant plus que la progression est soutenue par une très belle musique signée Yastunori Mitsuda, célèbre compositeur japonais de musique de JRPG, connu notamment pour avoir orchestré Chrono Cross. Enfin, sur PS5, les bugs sont plutôt rares (jeu relancé une seule fois). La version semble plus stable que sur PC d’après les dires des joueurs de la version anticipée. Les temps de chargement sont très rapides et l’ensemble est fluide, bien que j’aie rencontré quelques petits lags, essentiellement dans les menus. Le menu permet d’ailleurs d’effectuer quelques réglages même si vous ne ferez pas non plus des miracles. Au-delà de l’aspect graphique, la difficulté peut également être ajustée et si vous n’êtes pas fana de certaines vieilleries comme les points de sauvegarde à des endroits précis, vous avez la possibilité de régler les paramètres pour pouvoir sauvegarder n’importe où. Aussi les aménagements proposés sont-ils appréciables. Précisions en dernier point que le soft est proposé à 40€ (une réduction peut s’appliquer en plus pour les abonnés au PS+) et ne se vend (heureusement) pas au prix des « gros » jeux de la PS5.

Une fois cette déception visuelle passée, intéressons-nous désormais à l’histoire du jeu et à son contenu. L’univers en présence est un bon mélange de fantaisie et de space opera. Nous sommes plongés au beau milieu d’une guerre contre des forces extraterrestres que notre héros Daryon va rapidement fuir pour rejoindre sa sœur, Selen, et sa mère. Cette dernière étant très malade, ses deux enfants réunis décident de partir en quête d’un remède qui pourrait par ailleurs s’avérer utile à tous ceux souffrant du même mal appelé corrosion. Ainsi, vous partez à deux à l’aventure et il faudra d’ailleurs attendre une dizaine d’heures de jeu avant que vous ne soyez rejoints par un premier compagnon. Si l’histoire n’est pas des plus immersives, les personnages sont en revanche attachants bien qu’assez stéréotypés ; le garçon est sombre et mystérieux jusque dans son design pouvant rappeler Noctis dans FFXV et la sœur vêtue de blanc est lumineuse et pleine d’enthousiasme. Les deux frangins s’entendent bien malgré tout et font la paire. Les dialogues entre eux sont souvent empreints d’humour et les deux protagonistes aiment se chamailler. Les personnages féminins, comme Selen, ont un caractère souvent bien trempé et sortent du lot : cela change pour le coup de la plupart des soft japonais (girl power !). L’ensemble est plutôt bien écrit que ce soit le scénario principal ou les quêtes annexes. Des dialogues bonus souvent plaisants se débloquent aussi régulièrement, comme dans un Tales of, lorsque l’on s’arrête pour ses reposer dans une auberge.

Le contenu offert par le jeu est riche et varié. La durée de vie est longue et il y a beaucoup de quêtes annexes différentes, même si la majorité concerne la chasse d’animaux précis. Il y a clairement un côté MMORPG dans ce jeu, bien qu’il ne soit pas du tout multijoueur ! Ainsi, plusieurs missions vous demandent de tuer un certain nombre de mobs ou de récolter tant de fleurs. En outre, vous aurez la possibilité de vous téléporter facilement une fois la carte découverte pour vous rendre à vos différentes missions (et attention car le voyage rapide est toujours payant !). De plus, des événements apparaissent sur la map et sont à réaliser dans un temps limité. Au bout d’une dizaine d’heures de jeu, vous obtiendrez également votre propre monture : un nekaroo qui est une sorte de gros chat à deux queues très kawai ! Celui-ci vous permettra de parcourir plus aisément les différentes contrées. Vous pourrez même acheter une « propriété », comme dans beaucoup de MMO, même si cela ne va évidemment pas très loin et que vous n’aurez aucun choix à faire. En effet, l’ensemble reste très scripté et, comme dans bon nombre des RPG duquel il s’inspire, le joueur n’aura pas à faire de choix scénaristique dans l’aventure.

Parlons maintenant du cœur du jeu : ses combats. Nous sommes ici en présence d’un rpg au tour par tour plutôt classique avec les fameuses barres « ATB » se remplissant au fur et à mesure de l’affrontement. Cependant, le jeu n’en reste pas là et vient s’ajouter aux batailles une dose de tactique très appréciable. En effet, de grosses cases se dessinent sur le sol lors des combats et votre positionnement doit être bien réfléchi. Par exemple, si vous frappez un adversaire dans le dos, vos dégâts sont doublés. Ainsi, un dps au corps à corps sera amené à souvent se déplacer pour optimiser ses coups mais également pour pouvoir frapper ! S’il est éloigné de plus d’une case, il ne peut tout simplement rien faire. Le mage a moins de soucis en envoyant des sorts à distance mais il lui faudra parfois faire attention aux zones qu’ils visent. Il dispose de sorts permettant d’attaquer un adversaire précis, et d’autres visant une case entière, ce qui lui permet potentiellement de toucher plus d’ennemis, sauf si ces derniers se déplacent avant que son attaque ne soit lancée ! Un sort peut mettre d’ailleurs du temps à être envoyé et sa préparation peut également être interrompue par les ennemis. Votre placement est donc important car, idéalement, il faut qu’un de vos alliés puisse (tenter) de vous couvrir. Enfin, certaines cases abritent des éléments de décor pouvant vous donner des boosts de défense ou encore vous octroyer des pv et il peut être avantageux de s’y rendre. Parfois, il y a même une sorte d’arbalète qui traîne que vous pouvez actionner en étant dessus pour provoquer beaucoup de dégâts à un ou plusieurs ennemis choisis. Les combats sont donc riches et intéressants…mais souvent lents ! Et comme dans les J-RPG à l’ancienne, il n’y a malheureusement pas moyen d’accélérer le remplissage de la jauge ATB.

Notons enfin que pour améliorer vos personnages, vous aurez besoin de crafter régulièrement. Ainsi, lorsque ceux-ci prennent des niveaux, ils ne débloquent pas de compétences mais ne font qu’améliorer leurs stats. Pour acquérir de nouveaux pouvoirs, il vous faudra crafter leur arme. Chacune peut prendre des niveaux qui permet de débloquer des cases sur un sphérier devant être complété par des gemmes (qui rappellent les materias de FFVII !). Vous serez donc amenés à créer des gemmes en assemblant celles que vous trouverez lors de votre aventure pour en faire naître de plus puissantes. De plus, vous pourrez aussi fabriquer de nouvelles armes au fur et à mesure de votre épopée qui vous apporteront des statistiques plus fortes de base. A chaque changement d’arme, il faudra donc refaire un petit parcours dans le sphérier lié à celle-ci, avec des gemmes idéalement optimisées sur un atelier, pour débloquer les caractéristiques et compétences de ses persos. Cela ajoute de la diversité dans les combats et renouvelle le gameplay car vous ne jouerez pas toujours avec les mêmes pouvoirs – même s’il est possible de s’arranger pour récupérer nos préférés à chaque fois. Enfin, vous pourrez aussi, grâce aux matériaux récoltés sur des monstres, trouvés dans des plaines ou carrément achetés chez des marchands, faire votre équipement, de la tête au pied, ou encore créer des objets utiles au combat. Pour avoir un ensemble idéal, vous devrez donc faire plusieurs allers-retours pour chercher des composants précis (ou trouver beaucoup d’argent pour les acheter). Il est par ailleurs dommage que rien ne nous rappelle dans le menu les matériaux dont nous avons besoin. Cela rend la recherche un peu laborieuse.

Ainsi, Edge of Eternity risque de de diviser et s’adresse à un public bien particulier : les amateurs de J-RPG à l’ancienne capables de passer outre des graphismes et une réalisation (très) datés. Si vous aimez le genre et que vous arrivez à ne pas (trop) vous arrêter sur ses défauts visuels, alors vous passerez un très bon moment car le jeu a beaucoup à offrir. Son contenu est riche, varié, la direction artistique est très soignée et inspirée, et les environnements sont (presque) tous plaisants à découvrir et parcourir. Le gameplay est efficace et tous les ingrédients d’un bon J-RPG sont réunis.

7

Critique réalisée sur PS5 à partir d’un code fourni par l’éditeur

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