Critique : NIS Classics Vol. 1

Jeux de niche dans les années 2000 à l’ère PlayStation 2, les titres Nippon Ichi Software atteignent aujourd’hui d’excellents chiffres de vente, y compris en occident, puisque la série Disgaea a atteint les cinq millions de jeux vendus, un chiffre conséquent pour une licence de tacticals loufoques mettant en scène des pingouins ailés belliqueux, les fameux prinnies. Fort de cette reconnaissance, NIS décide de remasteriser certains de ses titres phares des années 2000 sur Nintendo Switch. Initiative louable en général, et qui peut permettre aux jeunes générations de s’adonner à d’excellents T-RPG. Une première compilation, regroupant Phantom Brave (2004) et Soul Nomad (2007). Quid de la qualité de ces remasters au regard des exigences actuelles ?

Phantom Brave The Hermuda Triangle Remastered

Le premier jeu proposé dans cette compilation n’est autre que le réputé Phantom Brave. Titre annexe à la série phare de NIS, Disgaea, Phantom Brave n’en est pas moins délirant et original, puisque la naïve protagoniste principale, Marona, accompagnée du mystérieux Ash devront, pour affronter leurs adversaires, créer leurs troupes à partir de n’importe quel objet placé sur la map tactique. Cela pouvant aller de la plante qui traîne au rocher posé là en passant par une arme lâchée par l’un des protagonistes. Point de damier apparent ici mais plutôt l’utilisation de cercles ayant pour centre un personnage permettant de délimiter sa zone de déplacement ou d’attaque. 

Ces dernières se font de manière classique pour du tactical, mais on notera la possibilité de ramasser et lancer n’importe quel objet de la map tactique, aussi bien que l’arme que l’on a en main. Les personnages “invoqués” n’ont qu’une durée de vie limitée en combat, et reviennent à leur stade originel après quelques tours de jeu (une plante, un rocher…). La richesse du jeu ne fait pas défaut à la réputation de Nippon Ichi Software. Il est donc possible d’upgrader aussi bien les personnages que les armes ou encore de les fusionner pour une durée de vie quasi infinie, d’autant que certaines maps nécessiteront, de par leur difficulté, de retourner sur des affrontements déjà gagnés afin de gagner de précieux points d’expérience. Cette pratique classique dans les titres de l’éditeur japonais (le grinding) rompt malheureusement quelque peu la fluidité de la narration et l’équilibre du jeu, élément indispensable à tout T-RPG qui se respecte.

Si l’on ne peut qu’adhérer au gameplay, la réalisation de ce remaster pêche en terme de réalisation. A moins de ne jouer qu’en mode nomade, et donc de ne profiter du jeu que sur un petit écran, les personnages ultra pixellisés jurent beaucoup trop sur les décors en 3D remasterisés sur un écran classique. Ainsi, en mode docké, la Switch propose un jeu à la réalisation très inégale : les personnages ont à peine été retravaillés quand les décors en 3D sont parfaitement lisibles. Dommage.

Soul Nomad And The World Eaters

Appréhender ce titre de Nippon Ichi Software, est, une fois de plus, délicat, tant ses possibilités sont vastes et son déroulement peu classique. Il est par exemple possible de terminer le jeu en 30 minutes – quand bien même on n’accède qu’à la “mauvaise fin” – en vendant son âme afin d’acquérir suffisamment de puissance pour affronter un boss gigantesque. L’originalité, encore une fois, est vraiment la marque de fabrique  de NIS. Doté d’un game design extrêmement riche, proche d’un Fire Emblem ou d’un Robot Taisen, Soul Nomad propose des maps tactiques quadrillées “plates” et des combats mis en scène lors de séquences animées hors map. Classique ? Pas tant que ça…

La grande originalité (décidément) de Soul Nomad est son utilisation de salles dans lesquelles il faut organiser ses équipiers au préalable. Ainsi, il est possible de scanner la prochaine map, en mode “recon” afin de savoir à quoi s’attendre, et de pouvoir préparer ses troupes en amont. Ces salles aux effets divers et variés regroupent jusqu’à six protagonistes pour lesquels trois positions sont possibles : Forward, Middle et Rear. Ces  positions permettront par exemple de défendre un temps le leader de la salle en le plaçant en retrait. Chaque salle, disions nous, possède ses capacités propres et conviendra ici à des mages, là à un groupe de guerriers. 

En terme de réalisation, on pourra reprocher les mêmes choses à Soul Nomad qu’à Phantom Brave : les éléments pixellisés jurent sur des décors en 3D retravaillés, ce qui est moins perceptible en mode portable. Les cartes tactiques, sont quant à elles tout bonnement hideuses et absolument pas retravaillées pour être remises au goût du jour. Soul Nomad gagne notre respect sur un point important par contre : son sound design. Ses musiques sont en effet excellentes, bien meilleures que l’accordéon habituellement désagréable propre aux Disgaea ou ici à Phantom Brave. Son ambiance plus sombre qu’à l’accoutumée pour un titre NIS est aussi un point positif, car cela donne un souffle plus épique à l’aventure proposée.

Les titres proposés dans cette compilation par Nippon Ichi Software méritaient clairement leur place sur Nintendo Switch en versions remasterisées, de par l’originalité de leur game design ou leur durée de vie conséquente. Le problème principal de ces remasters vient de leur réalisation : les personnages en 2D pixellisés jurent énormément sur des décors en 3D remasterisés pour l’occasion. Cet état de fait, beaucoup moins perceptible en mode nomade, rebutera plus d’un joueur de la nouvelle génération qui souhaiterait découvrir ces très bons titres. Dommage, car ils valent très largement le détour ! Si gameplay et originalité vous suffisent et qu’une réalisation en demi-teinte ne vous rebute pas (ou que vous jouez essentiellement en mode nomade) n’hésitez pas à vous plonger dans ces deux jeux.

7

Critique réalisée à partir d’une version Nintendo Switch fournie par l’éditeur

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